Conservation des collections : une vigilance permanente
Les coulisses des collections scientifiques
Pour qu’une collection scientifique puisse perdurer, son environnement doit être régulièrement et soigneusement contrôlé.
Dans l’atelier de Bernard Bourlès, ichtyotaxidermiste, des poissons sèchent en rang, accrochés aux murs, en attendant d’être peints. Ce spécialiste de la naturalisation basé à la Station marine de Concarneau, dans le Finistère, a collaboré avec les plus grands musées d’Europe. Requin, poisson-lune, raie manta… Il est le seul en Europe à savoir immortaliser une aussi grande variété d’espèces. « Une fois qu’ils sont finis, il n’y a pas besoin d’entretien, explique-t-il. Je ne garde que la peau du poisson et si on en prend soin, elle ne se dégrade pas. » Encore faut-il savoir en prendre soin. Car les pièces de collections, naturalisées ou non, demandent une vigilance permanente. De la lumière à l'humidité en passant par les manipulations et les insectes… le danger est partout.
Cohabitation difficile
Dans les réserves des musées, les conditions sont facilement contrôlables et adaptables. Cuir, céramiques, métaux, textile, liquide, photographie… Selon le matériau, les règles diffèrent. L’essentiel étant de limiter au maximum les variations, autour de 18 °C et 60 % d’humidité. La difficulté arrive lors des expositions, où plusieurs matériaux ne peuvent plus cohabiter dans la même vitrine sans risquer de se détériorer. Pour les animaux empaillés, les dangers sont ainsi multiples : « Il faut éviter une exposition directe à la lumière naturelle, ainsi que la proximité avec du bois ancien qui peut contenir des insectes xylophages », explique Christophe Le Pennec, responsable des collections au Musée d’histoire et d’archéologie de Vannes.

© SOPHIE PODEVIN — Bernard Bourlès ne naturalise que des poissons morts par accident ou tués pour la consommation.
Valorisation et pédagogie
Hors des musées de France et de leurs règles strictes de conservation, d’autres questions se posent, comme celle de l’utilisation des objets de collection. Par exemple, l’Université de Rennes possède une collection d’instruments scientifiques destinés à être manipulés. « Ces outils sont avant tout pédagogiques ! Ils permettent de voir et de mieux comprendre un phénomène physique, électrique ou optique », souligne Julie Priser, assistante de la collection, en faisant vibrer un diapason d’un mètre et demi installé sur le sol. Ici, les deux déshumidificateurs et l’absence de lumière naturelle suffisent. « Si une pièce ne fonctionne plus, on ne va pas forcément la restaurer parce que cela coûte cher, et on ne sait pas si elle fonctionnera de nouveau », ajoute-t-elle. En cas de gros dégât dès l’acquisition de l’objet ou d’une mauvaise conservation, les musées et universités peuvent faire appel à des restaurateurs indépendants. Le délai peut varier de quelques semaines à plusieurs années avant de récupérer la pièce restaurée.
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du magazine Sciences Ouest