Péplums : quand le cinéma éclaire l’histoire politique

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
L'éruption du Vésuve par Pierre-Henri de Valenciennes (1813).

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À Rennes, des chercheurs utilisent le cinéma pour déconstruire la fascination autour de la catastrophe qui a détruit Pompéi ou encore l’héroïsation des premiers chrétiens.

Un groupe d’étudiantes traverse la gare et se presse au cinéma. Quelques minutes plus tard, l’écran se couvre de décors antiques. Au loin, le Vésuve gronde. Nous sommes en 79, à Pompéi. À l’initiative d’Anne Gangloff, enseignante-chercheuse en histoire ancienne à l’Université Rennes 2, le cinéma Arvor projette Les derniers jours de Pompéi, un péplum franco-italien réalisé par Marcel L’Herbier en 1950, suivi d’un échange avec des historiens.

Malgré de beaux anachronismes et quelques fantaisies, le péplum de Marcel L’Herbier attise la curiosité des spectateurs. En sortie de salle, les questions ne manquent pas, autant sur le statut des esclaves que le déroulement des procès dans la société romaine ou encore à propos de l’éruption du Vésuve. L’occasion pour les chercheurs de revenir sur les erreurs et fidélités du film vis-à-vis de la réalité. « La lumière que les personnages voient à la fin du film peut être perçue comme une allusion à leur future conversion au christianisme, mais d’un point de vue scientifique c’est n’importe quoi : le nuage de cendres dégagé par l’éruption a obscurci le ciel pendant plusieurs jours », souligne par exemple Candice Greggi-Badel, chargée de cours en histoire ancienne à l’Université Rennes 2.

La fabrique des héros


« Dans le film, Pompéi est dépeinte comme la nouvelle Sodome, rongée par une aristocratie décadente et corrompue », analyse de son côté Anne Gangloff. Et ce n’est pas un choix anodin. Le péplum prend ainsi le contrepied de la propagande mussolinienne, qui fantasmait la Rome antique et s’en servait pour imposer un modèle d’identité basé sur l’ordre. « Les références à l’Empire romain étaient en effet une clé de voûte de l’idéologie fasciste », précise la chercheuse, qui profite de la projection pour aborder la question de la fabrique des héros au cinéma. Dans le film, c’est la figure des premiers chrétiens qui est la plus héroïsée. Là non plus, ce n’est pas un hasard puisque le film a été en partie financé par le Parti démocrate chrétien italien, lui-même résolument antifasciste. La boucle est bouclée.

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