À Morlaix, une mine d’or archéologique sous l’église

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N° 418 - Publié le 28 mars 2024
© EMMANUELLE COLLADO / INRAP
L'église des Jacobins fait partie des plus anciens bâtiments de Morlaix.

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Une fouille archéologique à l’église des Jacobins, à Morlaix, a mis au jour plus de 230 tombes. Une fenêtre ouverte sur les pratiques funéraires de nos ancêtres.

Un engin de chantier est posé au beau milieu de l’église. Tout autour, des archéologues s’activent au-dessus des tranchées qui quadrillent le sol. Un ruban Led pendu entre les piliers en pierre de l’édifice jette une lumière froide sur les sépultures qu’il reste à fouiller. « Ce n’est pas courant de pouvoir étudier un bâtiment en entier comme ça », ne peut s’empêcher de remarquer Teddy Bethus. Cet archéologue à l’Inrap1, bottes fourrées aux pieds et polaire zippée jusqu’au menton, participe à la fouille de l’église du couvent des Jacobins, dans le centre-ville de Morlaix.

Il y a encore quelques mois, un plancher séparait l’édifice en deux et les murs étaient recouverts d’enduit. Mais dans le cadre des travaux du musée de Morlaix (auparavant à l’étage de l’église), l’État a prescrit une fouille préventive pour étudier le sol et le bâti de l’un des plus anciens bâtiments de la ville, construit au 13e siècle. 

Lieu privilégié


De septembre à mars, la fouille au sol a dévoilé plus de 230 tombes individuelles ou collectives, du cercueil au caveau maçonné en passant par le simple linceul. « C’était un lieu privilégié pour être inhumé », explique Élodie Cabot, archéo-anthropologue à l’Inrap et responsable de la fouille. Mais certaines sépultures creusées à l’extérieur de l’église auraient bien pu se retrouver entre ses murs après un agrandissement au 15e siècle. « On cherche à savoir qui a été enterré où, mais aussi à dater les tombes et comprendre un peu mieux qui les occupe », confie la spécialiste. Problème : à la Révolution, l’église réformée est transformée en écurie et des travaux de terrassement suppriment l’équivalent d’un mètre de terre. « Ça nous handicape pour bien comprendre l’organisation et la chronologie du sol », soupire l’anthropologue. 

Grâce à l’humidité


« Ici on a un individu allongé sur le dos, c’est un adulte, le sexe est indéterminé car le bassin a disparu. Les traces brunes autour, ce sont les restes du bois du cercueil », lance Élodie Cabot en s’avançant vers un squelette. Juste à côté, les archéologues ont découvert un caveau-pourrissoir, une sorte de tombe à deux étages où « le corps était posé sur la partie supérieure, le jus de macération s’écoulait, les os tombaient, puis on mettait un autre corps à la place », explique la spécialiste des rites funéraires. 

Au fond de l’église, certaines sépultures déjà fouillées se sont remplies d’eau. L’air est froid et humide. C’est d’ailleurs grâce à ces conditions que la matière organique s’est si bien conservée. « On a retrouvé des cheveux et des poils pubiens », se réjouit Élodie Cabot. Si les scientifiques parviennent à en extraire de l’ADN, cela constituerait une véritable mine d’informations sur les occupants silencieux du sous-sol de l’église. Dans tous les cas, la suite se jouera en laboratoire, « la fouille n’est que la partie émergée de l’iceberg », sourit l’archéologue.

Violette Vauloup

1. Institut national de recherches archéologiques préventives.

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