La rade de Brest,
« un observatoire de l’effondrement »
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L’histoire de la rade a été retracée par de récents travaux qui tentent d’expliquer le déclin de sa biodiversité.
Les bateaux de pêche sont rares parmi ceux de plaisance, en rade de Brest. Une trentaine tout au plus, alors qu’ils étaient plus de 500 uniquement dédiés à l’huître plate au milieu du 19e siècle. « Tout l’écosystème de la zone s’est effondré », rapporte Lucas Bosseboeuf. Doctorant en histoire environnementale au Lemar1 et au CRBC2, à Brest, il a retracé l’histoire de la rade depuis le 18e siècle. Il tente ainsi de comprendre comment toutes les ressources de cette zone de pêche artisanale ont pu disparaître : d’abord l’huître plate en 1857, puis la coquille Saint-Jacques à l’hiver 1962, et enfin les pétoncles et les praires à partir des années 1970.
Baisse drastique de la ressource
« Ces dynamiques s'expliquent par une forme de jusqu’au-boutisme, indique le chercheur. L’exploitation des ressources s’est faite jusqu’à leur quasi disparition, l’effondrement a été total, puis tout a été tenté pour repeupler les gisements. » En atteste l’interdiction dès 1871 de récolter des huîtres, et ce durant 25 ans, alors qu’elles représentaient la principale ressource des pêcheurs. Sans succès : les stocks ne se sont jamais reconstitués. Aujourd'hui, la biomasse3 d’huîtres plates dans la rade est cent fois plus faible qu'au milieu du 18e siècle, bien que l’on notait déjà une baisse drastique de la ressource. « On peut considérer la rade comme un observatoire de l’effondrement. L’histoire de la gestion des ressources s’y répète sans cesse, et mène toujours à leur disparition », analyse Lucas Bosseboeuf. Un résultat d’autant plus étonnant qu’à l’époque de la disparition des huîtres plates, il n’y avait pas de pollution industrielle ou agricole à incriminer, mais uniquement la difficulté pour les pêcheurs de trouver le juste milieu entre exploitation et protection de la ressource.
Archives vivantes
« Une des principales difficultés d’un tel travail, ce sont les archives. La pêche en rade de Brest en est quasiment absente tout au long du 18e siècle », confie Lucas Bosseboeuf. À l’époque, la ville abritait déjà un port militaire, et toute l’attention s’est concentrée sur l’Arsenal. « À partir de 1840, il y a une prise de conscience de l’importance de la pêche dans cette zone, on a donc une meilleure documentation jusqu’à nos jours. » Si pendant trois ans le chercheur s’est principalement appuyé sur les documents fournis par la Marine nationale et par la sphère politique4, il s’est aussi tourné « vers les gens de la rade » pour collecter les archives « qui sommeillaient dans les placards et dans la mémoire collective ». Et c’était une riche idée : « Plusieurs pêcheurs m’ont raconté que le passage brutal à la motorisation, dans les années 1950, alors que rien ne l'explique dans les archives et qu’ils y étaient réticents, advient juste après une année sans vent qui a empêché les engins à voile de pêcher ». Des témoignages précieux qui lui ont permis de retracer dans les détails la grande histoire de la rade de Brest.
1. Laboratoire des sciences de l’environnement marin.
2. Centre de recherche bretonne et celtique.
3. Masse totale d'organismes vivants dans un lieu déterminé à un moment donné.
4. En particulier des échanges écrits entre les élus locaux et régionaux.
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