Paul-Émile Victor, un pionnier de l’exploration polaire

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N° 427 - Publié le 3 mars 2025
© FONDS DE DOTATION PAUL-ÉMILE VICTOR / BRIDGEMAN IMAGES
Paul-Émile Victor au Groenland, en 1934.

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Parti de Bretagne pour parcourir les confins glacés de la planète, l’explorateur continue d’inspirer, trente ans après sa disparition.

Paul-Émile Victor : trois prénoms pour un seul homme, à la fois ethnologue, explorateur, écrivain et dessinateur. Scientifique emblématique du siècle dernier, il fait partie du comité fondateur des Expéditions polaires françaises, dont l’Ipev1, à Plouzané, porte l’héritage. Chaque année, plus de 300 personnes en partent encore pour travailler en Antarctique, en Arctique et dans les îles environnantes.

Passionné des pôles


Né à Genève le 28 juin 1907 de parents immigrés austro-hongrois, Paul-Émile Victor grandit dans le Jura. « Enfant, il a déjà le goût de l’aventure et des grands espaces », écrit à son propos Stéphane Dugast, biographe officiel et administrateur du fonds de dotation Paul-Émile Victor. Il rejoint d’abord la marine marchande puis la marine de guerre, mais la monotonie du quotidien ne lui convient pas. En 1933, il fait la rencontre de sa vie : celle du commandant Jean-Baptiste Charcot, déjà connu pour ses propres expéditions polaires. Il embarque l’année suivante en tant qu’ethnologue sur le célèbre Pourquoi Pas ? depuis le port de Saint-Servan (Ille-et-Vilaine), pour une campagne d’un an à la découverte de la côte Est du Groenland. En 1936, il traverse le continent glacé en traîneau à chiens2 pendant deux mois puis décide de passer un an en immersion dans une famille inuit.

Expédition de grande envergure


S’il s’engage dans l’armée américaine lors de la Seconde Guerre mondiale, Paul-Émile Victor s’attelle dès sa démobilisation en 1946 à l’organisation d’une expédition de grande envergure pour l’étude complète de la calotte glaciaire du Groenland, devenue possible grâce à la mécanisation des moyens de transport et le développement de l’aviation polaire. Il continuera d’être particulièrement actif dans l’organisation d’expéditions et au sein de la communauté scientifique jusqu’à 69 ans. Il part alors profiter de sa retraite administrative sur un îlot de l'atoll de Bora Bora3, au large duquel il sera immergé à son décès, en 1995.

Sa propre philosophie 


Si sa grande implication dans le monde scientifique fait sa notoriété, il est également connu pour ce que ses expéditions apportent à la société française de la fin du 20e siècle. De très nombreux ouvrages sur la civilisation inuit, mais aussi sa propre philosophie de l’ethnologie et des sciences, et enfin une position d’avant-garde sur l’écologie. En 1976, il crée la Fondation du groupe Paul-Émile Victor pour la défense de l’Homme et de son environnement, dont fait également partie le commandant Cousteau. « Il est temps de regarder la Nature comme un tout. Et de passer un traité avec elle. La sauvegarde de l’Homme en dépend », écrivait-il dans Dialogue à une voix, son dernier livre. Quelques archives vidéo font également état de ses prises de position pour la protection de la planète, qui lui ont à l’époque valu le scepticisme des journalistes.

Anna Sardin

1. Institut polaire français Paul-Émile Victor.
2. Il part avec trois collègues, sur un trajet d’environ 800 km.
3. En Polynésie française.

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