Le mystère de la disparition

Néandertal, de l'autre côté du miroir

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© HUBERT RAGUET / CAGT / CNRS IMAGES
Ludovic Slimak prélève une phalange de Thorin, un Néandertalien dont le squelette a été découvert en 2015 sur le site de la Grotte Mandrin, dans la Drôme.

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Les causes de la disparition des Néandertaliens restent encore mal connues des scientifiques qui, en tentant de définir une autre humanité, se confrontent à celle que nous sommes.

Pour Néandertal, la fin de l’histoire s’écrit entre 45 et 35 000 ans avant le présent. Mais sa disparition reste un mystère. Plusieurs hypothèses ont tenté de l’expliquer : une maladie, un conflit avec Sapiens ou encore des changements climatiques trop brutaux. « Ces populations ont vécu pendant des centaines de milliers d’années dans des géographies et des climats très différents et elles se sont toujours adaptées », souligne Ludovic Slimak, chercheur en archéologie au Centre d’anthropobiologie et de génomique de Toulouse1. Pour ce spécialiste des sociétés néandertaliennes, un unique événement ne peut avoir affecté toute l’Eurasie, c’est un processus qui est à l’origine de l’extinction.

Isolement génétique


Il y a quelques années, l’analyse de suies laissées par des feux préhistoriques sur les parois de la Grotte Mandrin, dans la Vallée du Rhône, a placé à moins de six mois d’intervalle le dernier feu néandertalien du premier feu Sapiens. La succession sur ce site a donc été rapide. « Avec cette étude de cas, ce n’est pas un lent processus d’assimilation que l’on observe, mais un processus de remplacement », note Ludovic Slimak. Sur le même site, l’étude de l’ADN d’un Néandertalien tardif2 mis au jour par son équipe en 2015, a également révélé un isolement génétique. « Son groupe a passé 50 à 55 millénaires sans échanger de gènes, alors que d’autres populations néandertaliennes vivaient à proximité. Au cœur du sillon rhodanien, dans l’un des plus grands couloirs migratoires du continent européen, un tel retranchement ne peut être que la traduction d’une manière tout à fait singulière de concevoir le monde révélant des relations avec “les autres” qui diffèrent profondément de ce que nous connaissons de Sapiens », interprète l’archéologue.

Effondrements


Pour bien étudier Néandertal, il faut donc comprendre qui il était… et ce que nous sommes. Car il y a 55 000 ans, Sapiens connaît un très grand dynamisme et se diffuse sur la quasi-totalité du globe. Un dynamisme qui coïncide avec l’extinction d’autres formes d’humanité, de l’Atlantique à l’Australie3. « Il ne faut pas imaginer que c’est le méchant Sapiens qui éradique ces populations, nuance le chercheur. Leur disparition est plus complexe, liée à des structures anthropologiques et qui, éventuellement, se rencontrent, mais peut être sans se comprendre. »
Si travailler sur Néandertal implique de définir une autre humanité, cela nous invite aussi à retourner le concept :  essayer de comprendre Sapiens. « Il existe quelque chose chez nous qui pousse à faire tous ensemble la même chose. Il y a 50 000 ans, face à notre efficacité, toutes les autres humanités se sont effondrées. Aujourd’hui, ce sont nos biotopes qui marquent le pas. C’est en comprenant ce que nous sommes que nous pouvons faire émerger la possibilité de devenir de meilleurs humains. »

Violette Vauloup

1. Et auteur de la trilogie Néandertal nu, Le dernier Néandertalien et Sapiens nu (Editions Odile Jacob).
2. Qui aurait vécu il y a 40 000 ans environ.
3. Homo floresiensis, Homo luzonensis, humain de Denisova ou encore Néandertal.

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